- Sud Ouest

Le taux de réci­dive légale en matière d’in­frac­tions sexuelles est rela­ti­ve­ment faible. Il varie, selon la nature des faits, de 2,5 % pour les vio­leurs de femmes à 9 % pour les auteurs d’a­gres­sions sexuelles. Pour les pédo­philes, en revanche, à défaut de sta­tis­tiques pré­cises, il est esti­mé entre 10 et 30 %. La réci­dive inter­vient dans 47 % des cas au cours de l’an­née qui suit la sor­tie de pri­son, 20 % dans un délai de trois ans et 25 % au-delà. Pour Roland Coutanceau, psy­chiatre des hôpi­taux et cri­mi­no­logue, les risques sont dif­fi­ciles à appré­cier, puis­qu’il n’existe pas de pro­fil type du vio­leur ou du pédophile.

Il n’empêche, l’af­faire Bascou-Daban ne man­que­ra pas de relan­cer le débat, voire la polé­mique, sur la pré­ven­tion de la réci­dive des cri­mi­nels sexuels. En 2003, une affaire de même nature avait inci­té Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et le garde des Sceaux Dominique Perben à créer le fichier natio­nal judi­ciaire des auteurs d’in­frac­tions sexuelles (FNJAIS). Deux ans plus tard, la loi sur la réci­dive pénale a ren­du plus dif­fi­cile pour les délin­quants sexuels l’ac­cès à la libé­ra­tion conditionnelle.

« Centre fer­mé ». Devenu pré­sident, l’ex-ministre de l’Intérieur ira-t-il plus loin ? On sait qu’il veut ins­tau­rer des peines plan­chers auto­ma­tiques pour les délin­quants réci­di­vistes, ce qui inquiète les magis­trats atta­chés à la per­son­na­li­sa­tion des peines. On sait aus­si qu’en matière de délin­quance sexuelle, il veut géné­ra­li­ser le sui­vi socio-judi­­ciaire ins­ti­tué par la loi de 1998 et rendre obli­ga­toire le trai­te­ment médi­cal à la sor­tie de pri­son. Ce qui sup­pose des moyens que la jus­tice n’a pas aujourd’hui.

Pour Jean-Paul Garraud, magis­trat et dépu­té UMP de la Gironde, il y a urgence. « Nous avons envi­ron 200 cri­mi­nels très dan­ge­reux qui peuvent se retrou­ver en liber­té sans aucune sur­veillance. J’ai remis au Premier ministre, en octobre der­nier, un rap­port inti­tu­lé “Réponses à la dan­ge­ro­si­té”, qui pro­pose que ces per­sonnes soient étroi­te­ment sui­vies à leur libé­ra­tion, ou pla­cées dans un centre fer­mé de pro­tec­tion sociale selon leur degré de dan­ge­ro­si­té. Je sou­haite que ce rap­port ait une suite légis­la­tive. J’en ai par­lé jeu­di avec Nicolas Sarkozy, et nous sommes sur la même lon­gueur d’onde. »

Pierre-Marie Lemaire