Article publié le 02 février 2018 dans le jour­nal Centre presse.
L’avocat géné­ral poi­te­vin Jean-Paul Garraud, can­di­dat au poste de pro­cu­reur natio­nal anti­ter­ro­riste, dont il avait défi­ni le rôle, sera bien­tôt reçu à l’Élysée.
Les affaires de ter­ro­risme, un homme les incarne pour le moment : le pro­cu­reur de la République de Paris, François Mollins.

Un pro­cu­reur ame­né à occu­per pro­chai­ne­ment d’autres fonc­tions alors que le gou­ver­ne­ment a annon­cé en décembre der­nier une révo­lu­tion judi­ciaire : la créa­tion d’un poste de pro­cu­reur natio­nal anti­ter­ro­riste. Un poste entiè­re­ment dédié à ce com­bat et dotés des moyens nécessaires.
Un magis­trat poi­te­vin, l’a­vo­cat géné­ral Jean-Paul Garraud, en poste depuis six ans à la cour d’ap­pel de Poitiers, connaît par­fai­te­ment cette fonc­tion nouvelle.
« Exploiter le moindre ren­sei­gne­ment » Et pour cause, l’an­cien dépu­té UMP de Gironde qui a occu­pé les fonc­tions de secré­taire à l’UMP pour les ques­tions de Justice avait détaillé cette archi­tec­ture dans un pro­jet de loi? voi­là plus de deux ans.
C’est donc avec un peu d’i­ro­nie qu’il accueillait le 18 décembre der­nier l’an­nonce de la créa­tion d’un par­quet natio­nal anti­ter­ro­riste par la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet.
« C’est exac­te­ment ce que j’a­vais pro­po­sé fin novembre? 2015. Projet très détaillé que j’a­vais dépo­sé à l’Élysée en débor­dant tous les cli­vages poli­tiques dans le seul inté­rêt de la lutte contre le ter­ro­risme. Projet qui vient d’être repris mais sans m’en aver­tir et sur­tout sans me mettre à contri­bu­tion », com­­men­­tait-t-il alors.
« Ce n’est pas une ques­tion de sus­cep­ti­bi­li­té. Je peux être utile pour gagner cette guerre, je sou­haite que Mme Belloubet le sache et en tire les consé­quences. Je suis can­di­dat pour mettre en oeuvre mon projet. »
La réponse n’a pas tar­dé. Jean-Paul Garraud confirme un écho paru hier dans l’heb­do­ma­daire Le Point, annon­çant qu’il a été reçu à la Chancellerie en jan­vier der­nier et qu’il sera reçu pro­chai­ne­ment à l’Élysée par un conseiller jus­tice du Président de la République. Le ren­­dez-vous est fixé au 16 février.
La pater­ni­té de son pro­jet semble d’ores et déjà recon­nue. « J’ai été consul­té pour le tra­vail pré­pa­ra­toire de la loi qui pré­si­de­ra à la créa­tion de ce poste », indique ce magis­trat qui reven­dique son pro­fil très poli­tique comme un plus à ses com­pé­tences judiciaires.
« J’ai ren­con­tré Nicolas Sarkozy et j’en ai dis­cu­té avec lui. Cette créa­tion d’un par­quet natio­nal anti­ter­ro­riste, il l’a­vait reprise dans son pro­jet lors de la cam­pagne des pri­maires pour la pré­si­den­tielle. Je suis très heu­reux que cela se concré­tise. Ce n’est pas une ques­tion de cou­leur poli­tique, je pense pou­voir être utile à mon pays et c’est une néces­si­té pour luter contre le ter­ro­risme isla­miste. Il ne faut pas se le cacher, c’est lui notre cible. »
Et le magis­trat de détailler les indis­pen­sables évo­lu­tions de la jus­tice à la lutte anti­ter­ro­riste. « Notre orga­ni­sa­tion actuelle, elle date de 1986. À l’é­poque, le ter­ro­risme n’a­vait rien à voir avec ce qu’il est main­te­nant. Le pro­blème actuel, c’est que le pro­cu­reur de Paris est noyé dans les autres affaires à gérer et notam­ment l’a­près-atten­tats. Un pro­cu­reur dédié pour­ra diri­ger l’ac­tion des ser­vices enquê­teurs sur l’ex­ploi­ta­tion du moindre ren­sei­gne­ment, ce qui n’est pas assez le cas actuel­le­ment. On voit bien dans chaque dos­sier, que le plus petit ren­sei­gne­ment per­met de remon­ter jus­qu’à un sus­pect. Or, ces ren­sei­gne­ments ne sont pas tou­jours exploi­tés. Il faut don­ner plus d’ef­fi­ca­ci­té à ce tra­vail, j’ai fait des pro­po­si­tions en ce sens, avec des rami­fi­ca­tions ter­ri­to­riales pour que la jus­tice donne des orien­ta­tions pré­cises aux ser­vices de police. »
La créa­tion du poste n’est pas encore effec­tive. Les ser­vices planchent sur l’ar­chi­tec­ture préa­lable à la rédac­tion de la loi qui sera sou­mise au Parlement. Ce nou­veau par­quet spé­cia­li­sé doit voir le jour d’i­ci à la fin de l’année.

Double parcours

Jean-Paul Garraud, C’est un magis­trat au pro­fil un peu par­ti­cu­lier qui est arri­vé à la cour d’ap­pel de Poitiers en 2012. Un homme aux convic­tions affir­mées, reven­di­quées publi­que­ment, ce qui est plus rare, et qui dit sans détours ce qu’il pense. L’ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira qu’il accu­sait de l’a­voir blo­qué au poste de pro­cu­reur géné­ral à Monaco en a sou­vent fait les frais. Un magis­trat donc, et un homme enga­gé poli­ti­que­ment aus­si. Clairement ancré à droite, le conseiller natio­nal Les Républicains, vice-pré­­sident LR de Gironde a com­men­té la vic­toire de Laurent Wauquiez à la tête de ce par­ti comme la démons­tra­tion de la néces­si­té d’ex­pri­mer des valeurs de droites.
A bien­tôt 62 ans, Jean-Paul Garraud est entré dans la magis­tra­ture dans les années 80 : juge d’ins­truc­tion dans sa patrie tou­lou­saine d’a­bord, pré­sident du TGI des Sables d’Olonnes jus­qu’en 1996, il sera cinq années durant le direc­teur adjoint de l’École natio­nale de la magis­tra­ture à Bordeaux. Un dépar­te­ment dans lequel il mène­ra la par­tie poli­tique de son par­cours. Dix ans de man­dat de dépu­té, dans une cir­cons­crip­tion prise au fils Mitterrand en juin 2002 sous l’é­ti­quette UMP. Élu local à Libourne et can­di­dat mal­heu­reux à la mai­rie en 2014, il avait aus­si été élu conseiller régio­nal d’Aquitaine. Il s’é­tait mis en dis­po­ni­bi­li­té pour les légis­la­tives de 2017 qui s’é­taient sol­dées par une défaite au soir du pre­mier tour, le FN et le can­di­dat d’En Marche le devan­çant. Depuis 2012, il pré­side l’as­so­cia­tion pro­fes­sion­nelle des magistrats.