Tribune de Jean-Paul Garraud, publiée le 9 mars 2021 dans le maga­zine Causeur.

Que les adorateurs et admiratrices de Mohammed Merah restent en Syrie et en Irak!

Les dji­ha­distes qui se sont joints à l’Etat isla­mique ne doivent pas reve­nir en France. Ils se sont exclus d’eux-mêmes de la com­mu­nau­té natio­nale, mani­fes­tant expres­sé­ment leur rejet de la natio­na­li­té fran­çaise et des valeurs les plus essen­tielles de notre nation. Nous nous devons d’être inflexibles par res­pect pour les morts du ter­ro­risme isla­miste, sur le ter­ri­toire natio­nal et au Moyen-Orient.

Au mois de mars 2012, la France décou­vrait avec effroi l’islamisme de com­bat moderne. Petit voyou des Izards deve­nu le patient zéro du néo-dji­­ha­­disme fran­çais, Mohammed Merah tua à sept reprises avant d’être arrê­té, ache­vant son par­cours meur­trier en tuant de sang-froid des enfants de l’école confes­sion­nelle juive Ozar Hatorah. Il a fini abat­tu au terme d’un siège de 32 heures devant son petit appar­te­ment situé près du centre-ville de Toulouse. Ils ont été alors nom­breux à ne pas prendre la mesure de ce qui venait de se pro­duire, jugeant que Mohammed Merah ferait figure d’exception, qu’il n’était qu’un « loup soli­taire », voire une « marion­nette du sys­tème » pour les plus conspirationnistes.

 

Tout était pour­tant très clair. Pour s’en convaincre, il suf­fi­sait d’aller aux Izards, ce haut-lieu du tra­fic de drogue, où les « hom­mages au mar­tyr » ren­dus par les jeunes du coin ont été nom­breux. Le lieu où Merah a été abat­tu a ain­si été long­temps fleu­ri par des jeunes femmes, leurs homo­logues mas­cu­lins pré­fé­rant péta­ra­der au cours de rodéos noc­turnes dans les rues de ces quar­tiers pudi­que­ment nom­més « popu­laires » alors que le peuple de France a déci­dé de les fuir depuis long­temps, chas­sé par les isla­mistes et les dealers.

Quant aux enfants, ils ne peuvent reve­nir que si leurs mères acceptent de s’en sépa­rer (…) Nous sommes assis sur une pou­drière qui com­mande de prendre des déci­sions d’une grande fermeté

La France fai­sait alors connais­sance avec une géné­ra­tion, un phé­no­mène mor­bide qui depuis lors rythme tris­te­ment notre quo­ti­dien. Pourtant, quinze ans avant l’horreur Merah, notre patrie avait déjà été frap­pée par le ter­ro­risme isla­miste et connu son pre­mier plan Vigipirate. Les atten­tats du métro pari­sien furent les pre­miers atten­tats isla­mistes sur le sol fran­çais com­mis par un Français de natio­na­li­té, de son nom Khaled Kelkal. Pionnier du dji­ha­disme fran­çais, cet enfant stu­dieux des Minguettes annon­çait la suite à venir.

Si Khaled Kelkal était un homme culti­vé et for­mé, ses suc­ces­seurs seraient des délin­quants mul­ti­ré­ci­di­vistes, ren­dus insen­sibles par la sous-culture des ghet­tos et une vision reli­gieuse archaïque, des dam­nés de la terre comme en rêvait Franz Fanon, entre­te­nus dans leur vic­ti­mi­sa­tion par une France « trop bonne mère ». En effet, la géo­gra­phie du dji­ha­disme fran­çais recouvre pré­ci­sé­ment la carte de la loca­li­sa­tion des anciens du Groupe Islamique armé en France, peut-être plus encore que celle des quar­tiers de l’immigration. C’est en tout cas la thèse avan­cée par le géo­graphe et cher­cheur au CNRS Hugo Micheron, dans son enquête Le Jihadisme fran­çais – Quartiers, Syrie, Prisons (Gallimard).

C’est pour cette rai­son qu’il serait abso­lu­ment sui­ci­daire d’agréer au retour des dji­ha­distes fran­çais loca­li­sés en Syrie, de même que de leurs com­pagnes et proches. Quant aux enfants, ils ne peuvent retour­ner en France que si leurs mères acceptent de s’en sépa­rer, et que leur accueil est non seule­ment pos­sible mais aus­si stric­te­ment enca­dré. De la même manière que les anciens du GIA ont su capi­ta­li­ser sur la masse démo­gra­phique des jeunes de natio­na­li­té fran­çaise de culture musul­mane, les anciens de l’Etat isla­mique feront la même chose par­tout en France; que ce soit dans les quar­tiers d’immigration ou dans de petites villes. Songeons notam­ment à Lunel ou même au tout petit vil­lage arié­geois d’Artigat, connu pour avoir long­temps été un centre de for­ma­tion des pires isla­mistes du pays, à com­men­cer par les frères Clain de triste mémoire à Toulouse.

L’exemple récent don­né par la Bosnie, qui a rapa­trié le dji­ha­diste Ibro Cuforovic, devrait nous inci­ter à médi­ter. Connu au Levant sous le nom de guerre d’Abou Kasim Al-Bosni, il n’a été condam­né qu’à six ans de pri­son. Une peine très faible pour un jeune qui sor­ti­ra de pri­son à 32 ans, moment où il pour­ra reprendre le com­bat ou pro­fi­ter de son aura pour recru­ter. Nous sommes assis sur une pou­drière qui com­mande de prendre des déci­sions d’une grande fer­me­té. Nous ne pou­vons pas nous conten­ter de décla­ra­tions d’intention pour faire face à ces indi­vi­dus impi­toyables. Ils n’ont pas renon­cé à la guerre. Ils la mène­ront jusqu’au bout et savent pou­voir comp­ter sur une masse de per­sonnes ten­tées d’épouser leurs idées. Les dji­ha­distes sont d’ailleurs la face émer­gée d’un pro­blème isla­miste très large qui touche une grande par­tie de la jeu­nesse. La jeune Mila ou Samuel Paty n’ont pas été conspués que par des ter­ro­ristes. Ils l’ont été par des indi­vi­dus esti­mant leur pra­tique reli­gieuse normale.

Ce sont ces indi­vi­dus qui ins­tallent un cli­mat isla­miste dans des pans entiers du ter­ri­toire, avec la béné­dic­tion de mili­tants ancien­ne­ment sym­pa­thi­sants du GIA ou d’autres groupes radi­caux. Ils ont conduit des femmes fran­çaises à rejoindre la Syrie en 2015, à l’exemple de cette femme conver­tie à l’islam et mariée à un dji­ha­diste, aujourd’hui atteinte d’un can­cer du côlon et que sa mère veut rapa­trier. La détresse mater­nelle est com­pré­hen­sible, mais la France ne peut pas se per­mettre ces rapa­trie­ments. Tous ceux qui se sont ren­dus cou­pables d’intelligence avec l’ennemi et de haute-tra­­hi­­son doivent être jugés et rete­nus dans les pays où ils ont com­mis leurs méfaits. Nous avons déjà assez à faire ici.

Jean-Paul Garraud