Tribune de Jean-Paul Garraud, publiée le 15 mars 2021 dans le maga­zine Valeurs actuelles.

Des élus socialistes ont fait barrage au dépôt de gerbe sur la tombe de mon arrière-grand-père

Fermez les yeux quelques secondes. Imaginez, dans une réa­li­té paral­lèle, que Robert Ménard ou Louis Aliot refusent à un élu socia­liste d’honorer la mémoire d’un ancêtre aux monu­ments aux morts de leurs villes res­pec­tives. Le scan­dale serait natio­nal, que dis-je, inter­na­tio­nal. Télévisions et jour­naux du monde entier vien­draient en France pour rela­ter l’affaire, s’alarmant sur le dan­ger cau­sé par la droite popu­liste. C’est ce que j’ai vécu à Martres-Tolosane, dans l’indifférence quasi-générale.

Martres-Tolosane est mon port d’attache. Un vil­lage de carte-pos­­tale, un vil­lage de cette France oubliée des radars de la glo­ba­li­sa­tion. J’y ai mes sou­ve­nirs d’enfance. « J’ai eu tort, je suis reve­nue dans cette ville loin per­due où j’avais pas­sé mon enfance », chan­ta Barbara. De mon côté, je n’ai pas eu tort de reve­nir aux pieds des Pyrénées, chez Saint-Vidian qui réveille en moi les mémoires heu­reuses de ma lignée fami­liale. Mon ancêtre Henri Dulion, gazé en 14 et grand ami du socia­liste Vincent Auriol, y a don­né son nom à la place qui abrite le monu­ment aux morts. Candidat à la pré­si­dence de la région Occitanie, j’ai tenu à reve­nir sur les traces de cet ancêtre. Un geste per­son­nel, un geste enra­ci­né. Il ne m’est pas venu un moment à l’esprit que cela puisse être inter­pré­té comme une « pro­vo­ca­tion ».

De fait, je n’étais accom­pa­gné que par quatre per­sonnes, dont deux élus du Conseil régio­nal d’Occitanie. Ils sont venus sans leurs écharpes tri­co­lores, à ma demande. Nous n’avions ni per­son­nel de sécu­ri­té, ni vidéaste, ni atta­ché de presse. Mon sou­hait était de retrou­ver un peu de ce vil­lage qui, durant mon enfance et mon ado­les­cence, fit de moi un homme. Un vil­lage qui n’est pas plus ma pro­prié­té que celle des socia­listes à la tête de l’exécutif régio­nal. Oublieux des civi­li­tés qui font les civi­li­sa­tions, ain­si que des attaches émo­tion­nelles qui font les cultures, ils ont jugé bon m’empêcher de dépo­ser la modeste gerbe que j’avais appor­tée. Face à cette qua­ran­taine d’individus bor­nés et sec­taires, je n’ai pas recu­lé. Pourquoi aurais-je cédé un pouce face à des élus qui, sous cou­vert de défendre les valeurs répu­bli­caines, bafouent et méprisent à ce point les liber­tés publiques qui en sont la sub­stan­ti­fique moelle ?

Joël Aviragnet, dépu­té socia­liste ceint de l’écharpe tri­co­lore, et Loïc Gaujard, maire de Martres-Tolosane, ont fait bar­rage de leurs corps pour ten­ter de s’opposer à ma démarche ; pro­ba­ble­ment sur ordre de Carole Delga, véri­table féo­dale en Midi-Pyrénées. En sont-ils si peu fiers qu’ils n’ont pas osé com­mu­ni­quer sur leurs actions ? Ils ne se sont pas van­té d’actes aus­si anti­ré­pu­bli­cains, aus­si peu res­pec­tueux du droit et de la démo­cra­tie. Du reste, si Loïc Gaujard avait la loi de son côté, il aurait pris un arrê­té muni­ci­pal pour m’empêcher de dépo­ser cette gerbe. Arrêté que j’aurais contes­té devant le Tribunal admi­nis­tra­tif, à son détri­ment. Du droit, les sépa­ra­tistes socia­listes qui règnent sans par­tage sur nos belles terres du sud-ouest n’ont cure. Ils se croient pro­té­gés, à l’abri der­rière leurs bas­tions et privilèges.

C’est une toute autre vision de la France et de l’Occitanie que j’entends défendre. Respectueuse de notre culture, de nos lois et de nos tra­di­tions qu’ils dévoient. Ce pathé­tique « théâtre de l’antifascisme », dénon­cé par Lionel Jospin lui-même, est deve­nu sinistre. Il sonne le glas de notre République, deve­nue le paravent des com­por­te­ments des­po­tiques d’une caste sen­tant venir le vent du bou­let. Nous ne lais­se­rons pas la République et la région Occitanie en otages des visées égoïstes de quelques élus se jugeant le sel de notre terre rouge. Nous refu­sons qu’ils aient le mono­pole d’une République réduite à leurs acquêts élec­to­raux. Nous refu­sons qu’ils aient le mono­pole du pro­grès, tant leur pro­gres­sisme signe le recul de nos droits individuels.

Ce qui s’est pas­sé à Martres-Tolosane le 13 mars n’est que la démons­tra­tion par l’absurde de ce que la France subit depuis des décen­nies : un déni de démo­cra­tie, une invi­si­bi­li­sa­tion de la parole de tous ceux qui sont encore atta­chés à l’essence même de notre pays. Le com­bat qui m’oppose à Carole Delga est de même nature que celui que les Français mènent pour ne pas dis­pa­raître dans les trem­ble­ments de terre his­to­riques qui secouent le monde : une lutte exis­ten­tielle. Nous le livre­rons jusqu’au bout.

Jean-Paul Garraud