- Le Nouvel Observateur

Retirer la natio­na­li­té fran­çaise aux « voyous », Le Pen en rêvait, l’UMP l’a pro­po­sé. Jean-Paul Garraud, ancien vice-pré­­sident du tri­bu­nal de grande ins­tance de Paris, magis­trat donc, pré­sente un amen­de­ment à la loi Sarkozy sur le ter­ro­risme, exa­mi­née cette semaine à l’Assemblée. La déna­tu­ra­li­sa­tion existe déjà.
C’est une pro­cé­dure admi­nis­tra­tive qui jus­qu’a­lors ne peut tou­cher le natu­ra­li­sé que dans les dix ans sui­vant l’ac­qui­si­tion de la natio­na­li­té fran­çaise, s’il a com­mis des actes de ter­ro­risme ou contre les inté­rêts de la nation. Le ministre de l’Intérieur pré­voit de por­ter ce délai à quinze ans. Plus fort que Sarko, Jean-Paul Garraud pro­pose de sup­pri­mer le délai. Si son texte est adop­té, tout indi­vi­du cou­pable de ter­ro­risme, de crime contre l’hu­ma­ni­té ou de crimes et de délits por­tant atteinte aux inté­rêts fon­da­men­taux de la nation pour­ra, en peine com­plé­men­taire, être déchu de sa natio­na­li­té par un tri­bu­nal cor­rec­tion­nel ou d’assises.

Assez éloi­gné des incen­diaires de voi­tures, dira-t-on. Pas si sûr, si l’on en croit l’ar­gu­men­taire envoyé à ses col­lègues par le dépu­té de la Gironde : « Les récents évé­ne­ments, qui ont conduit à l’ap­pli­ca­tion de l’é­tat d’ur­gence et à sa pro­lon­ga­tion par le Parlement pour une durée de trois mois, ont notam­ment démon­tré que cer­tains délin­quants mani­fes­taient par les infrac­tions par­ti­cu­liè­re­ment graves qu’ils com­met­taient le rejet des valeurs fon­da­men­tales de la République. Dès lors, pour ceux qui ont obte­nu la natio­na­li­té fran­çaise et qui sont titu­laires d’une double natio­na­li­té, il convient de mettre en place un sys­tème qui doit per­mettre de par­ve­nir à la déchéance de cette natio­na­li­té fran­çaise. En effet, deve­nir fran­çais signi­fie néces­sai­re­ment l’adhé­sion aux valeurs qui fondent notre démo­cra­tie. Des droits et des devoirs en découlent. » Seuls les bina­tio­naux sont donc mena­cés de cette sanc­tion. Ouf, Maurice Papon, der­nier cri­mi­nel contre l’hu­ma­ni­té de France, res­te­ra bien français…

Isabelle Monnin