- Le Parisien

Député (UMP) de la Gironde, Jean-Paul Garraud est vice-pré­­sident de la com­mis­sion d’en­quête par­le­men­taire sur l’af­faire dite d’Outreau. De 1997 à 2001, il a été res­pon­sable de la for­ma­tion à l’Ecole natio­nale de la magis­tra­ture (ENM), au moment où Fabrice Burgaud y pour­sui­vait ses études.

Vous sou­­ve­­nez-vous de l’é­lève qu’é­tait Fabrice Burgaud ?

Jean-Paul Garraud : J’avais pour rôle de syn­thé­ti­ser l’en­semble des éva­lua­tions obte­nues par les élèves en for­ma­tion ini­tiale et de faire une pro­po­si­tion de nota­tion pour cha­cun. Contrairement à ce que cer­tains médias ont cru bon d’af­fir­mer, Fabrice Burgaud n’a jamais été consi­dé­ré comme inapte à l’instruction.

C’était un élève ni spé­cia­le­ment bon, ni vrai­ment mau­vais, qui n’a fait l’ob­jet d’au­cune remarque par­ti­cu­lière et qui n’a lais­sé aucun sou­ve­nir mar­quant. Il était dans la bonne moyenne.

« Toute la dif­fi­cul­té, c’est de réus­sir à leur apprendre à douter »

Etes-vous éton­né de la manière dont il a ins­truit le dos­sier d’Outreau ? Est-ce cela qu’on apprend aux élèves de l’ENM ?

D’après les pre­mières audi­tions aux­quelles nous avons pro­cé­dé dans le cadre de la com­mis­sion d’en­quête par­le­men­taire, il semble que ce jeune juge a effec­ti­ve­ment ins­truit à charge. Ce n’est pas cela que l’on enseigne aux élèves. Certes, ceux-ci apprennent à être de bons tech­ni­ciens. Mais ils doivent éga­le­ment faire preuve d’hu­ma­ni­té. Les stages qu’ils effec­tuent tout au long de leur sco­la­ri­té, qu’ils aient lieu en pri­son, chez des avo­cats, dans des jour­naux ou dans des usines, sont d’ailleurs des­ti­nés à leur ouvrir l’es­prit. En prin­cipe, c’est une bonne garan­tie. Toute la dif­fi­cul­té, dans cette matière très sub­jec­tive qu’est la jus­tice, c’est de réus­sir à leur apprendre à dou­ter. J’ai été moi-même juge d’ins­truc­tion pen­dant sept ans. Le jour où, per­sua­dé que l’homme qui se tenait devant moi avait com­mis le crime abo­mi­nable sur lequel j’en­quê­tais, j’ai eu envie de pas­ser de l’autre côté du bureau pour me trans­for­mer en jus­ti­cier, j’ai déci­dé d’ar­rê­ter ce métier.

A l’ENM, vous est-il arri­vé d’ex­clure des audi­teurs de justice ?

Oui. J’ai ren­voyé un gar­çon tota­le­ment dés­équi­li­bré, qui chan­tait à voix haute dans la rue et revê­tait plu­sieurs robes l’une sur l’autre. Et j’ai fait redou­bler une jeune fille qui souf­frait d’a­no­rexie, avant de me résoudre à l’ex­clure. Il arrive aus­si que des jeunes gens se rendent compte eux-mêmes qu’ils ne sont pas faits pour ces métiers et renoncent en cours de route. Mais quand quel­qu’un est sim­ple­ment psy­cho­ri­gide, doit-on l’exclure ?